Madame Pécresse, allez vous nous abandonner ou faire preuve de courage?

Nous publions ce témoignage à la suite d’un mail qui nous a été envoyé. Faites nous vivre ce qui se passe dans vos universités et envoyez nous vous aussi vos témoignages, nous les publierons.

Voici quelques extraits d’une lettre d’une étudiante à Valérie Pécresse qui illustre le désarroi de ces centaines de milliers d’étudiants bloqués par quelques dizaines de bloqueurs/casseurs, rarement étudiants mais toujours engagés dans des partis. Illustration vibrante aussi de l’espoir que nous avons tous que, pour une fois, madame Pécresse vous ne cédiez pas à la rue mais fassiez enfin les réformes nécessaires pour le bien des universités. Ne nous décevez pas, ne nous abandonnez pas!

Madame la ministre,

Étudiante en bi-licence histoire sciences politiques à l’université Paris 1, sur le site de Tolbiac, je fais partie des étudiants désespérés par les blocages. [..] Depuis le début de l’année scolaire, les étudiants se voient sans cesse distribuer des tracts pour des Assemblées Générales. Je suis allée à plusieurs, pour m’informer de la situation. Vers la mi-octobre, ces AG se sont faites plus nombreuses, se déroulant toujours de la même façon : quelques élèves, dans un amphi, rappellent le vote de la loi dite d’autonomie des universités et embrayent dessus, chacun pouvant en théorie intervenir librement, avec un temps de parole d’environ trois minutes. Mais en réalité, ce sont, bien évidemment, toujours les mêmes qui parlent, des « leaders » des mouvements actuels. [..] La très grande majorité des étudiants d’histoire a souhaité avoir cours, mais le vote, non démocratique, et à main levée, incluant des éléments extérieurs qui plus est, en a décidé autrement. Après s’être battu pour avoir cours, sans pour autant parvenir à pouvoir s’exprimer au micro, nous avons dû nous résigner. La plupart d’entre nous ont abandonné. Quand on a 12 cours d’une heure chacun, au cours du semestre, la perte d’un cours est déjà énorme. Si ce n’était que ça…
Dans la semaine, les étudiants ont voté le principe de grève. Nous avions cours à l’heure à laquelle l’AG devait se dérouler, mais nous nous sommes partagés le travail : pendant que certains d’entre nous assistaient au cours et prenaient des notes, d’autres surveillaient le déroulement de l’AG. Ces élèves sont venus nous prévenir au moment du vote. J’ai alors enjoint mes camarades, après avoir demandé l’accord de notre professeur, à s’unir à nous, pour y prendre part, et tenter de défendre notre droit à l’éducation, qui est un des droits fondamentaux, notamment inscrit dans la Déclaration universelle des droits de l’homme (article 26). Nous nous sommes déplacés en masse vers l’AG. J’ai néanmoins pris la parole, puisqu’ils en avaient assez que nous perturbions leur ordre du jour par nos revendications et, pour une rare fois, quelqu’un « de l’opposition » a pu s’exprimer.

[..]Il est difficile à croire que des étudiants grévistes puissent simplement se contenter de bloquer, en empêchant les autres de travailler. Aux AG, les élèves osant prendre la parole ne le font même pas pour défendre leurs convictions politiques, il s’agit seulement de personnes contre le principe de blocage. Le seul fait de s’y opposer entraîne une réputation de fasciste, quelque que soit la tendance politique à laquelle on appartienne. J’ai vu une fille de ma promotion le faire à une AG précédente, elle a été très courageuse, et s’est faite huer. Mais je me suis dit que si personne ne réagit, la grève serait votée. Je me suis donc lancée dans la promotion de nos droits juste avant le vote. Même si celui-ci, à main levée, était anti-démocratique au possible. [..] Les étudiants grévistes bloquent tous les jours l’accès, quant ce n’est pas l’université qui ferme administrativement pour prévenir des dégâts, dégâts matériels qui ont eu lieu lundi dernier avec le découpage de plusieurs portes à la scie sauteuse. Je constate simplement que cette attitude de non respect du matériel ne fait que décrédibiliser leur mouvement.Enfin, une autre évidence s’impose d’elle-même : le blocage et la grève étudiante sont totalement illégaux. Le droit de grève est certes inscrit dans le préambule de la Constitution, mais les étudiants, n’ayant pas d’employeurs, ne doivent pas pouvoir se mettre en grève. Par ailleurs, ce droit entre en conflit avec le principe constitutionnel de la liberté de travail. L’éducation est un droit fondamental, inscrit dans la Déclaration universelle des droits de l’homme (article 26), et donc reprise dans la Constitution française. Le Code de l’éducation est très clair à ce sujet. Si « les usagers du service public de l’enseignement supérieur […] disposent de la liberté d’information et d’expression à l’égard des problèmes politiques, économiques, sociaux et culturels, ils exercent cette liberté à titre individuel et collectif » à condition que cela ne porte « pas atteinte aux activités d’enseignement et de recherche » et que cela ne « trouble pas l’ordre public » (Code de l’éducation, Article L. 811-1). Or c’est précisément ce qui se passe.

.À Tolbiac, nous n’avons pas pu avoir cours depuis le mardi 30 octobre, et nous ne pourrons probablement pas avoir cours jusqu’à mardi prochain (13 novembre) au moins, date de la prochaine AG. Comme celle-ci tombe le même jour que la grève des transports, inutile de dire qu’il y a de fortes (mal)chances que la grève avec piquets soit reconduite

J’attire votre attention, madame la ministre, sur une actualité que vous ne connaissez malheureusement que trop bien. Je suis de très près les événements actuels, tout en essayant de concilier un travail personnel difficile, la bibliothèque universitaire étant également fermée. Comme vous l’avez fait remarquer dans les médias, ce sont les étudiants qui pâtissent de cette situation, et nombre d’entre nous n’aurons pas leur semestre, voire leur première année, à cause de cela. La solution, je ne l’ai pas, comment négocier avec des personnes qui n’acceptent aucun compromis ? Il est cependant inacceptable qu’une minorité puisse paralyser complètement, et de surcroît de manière illégale (sic !), la vie de notre université.

En espérant votre rapide intervention, qui permettrait un rapide retour à un rythme de cours normal, ainsi que le rattrapage, dans des conditions décentes, du retard causé par la durée de l’occupation de notre université, je vous présente, madame, l’expression de mes sentiments respectueux,

Camille Bourély

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